De la méditation à la capture de l’âme (2ème partie : suite)
La secte récupère les expériences de méditation des adeptes en faveur du gourou qui devient l’être suprême et déstabilise l’individu en diabolisant son corps afin de mieux le transformer.
A) De l’être suprême au gourou
1) Baba
Durant les premiers cours et séminaires, les BK évoquent l’âme suprême, en la mettant sur le même plan que le Dieu de différentes religions. L’âme suprême est l’« être infini que les religions ont appelé Shiva, Yahvé, Dieu, Allah » [1]
Puis à mesure que l’adepte poursuit l’initiation, un glissement s’effectue entre l’âme suprême, que les BK appellent Shiv Baba, qui résiderait dans le monde incorporel et le gourou, Brahma Baba qui serait présent dans le monde subtil, « dimension intermédiaire entre le monde physique et le monde subtil ».[2] Dans certains centres la supercherie est matérialisée par le remplacement du poster lumineux représentant un point, l’âme suprême par l’image du gourou.
Ce dernier, aussi appelé Lekhraj Kripalani, est le leader charismatique de la secte. Il prétend être l’incarnation de Dieu et le détenteur de la vérité suprême. Il fait office de Dieu : lui seul détient la vérité sur tout de façon définitive car il a atteint la connaissance des lois de la Nature. Il est celui qui enseigne et conduit sur la voie de la révélation divine.
Depuis la mort du gourou en 1969, l’âme de ce dernier combinée avec Dieu sont en contacts réguliers avec l’une des sœurs principales : Dadi Gulzar. Plusieurs fois par an, cette dernière connaît des transes de plusieurs heures, au cours desquelles elle est prétendument Dieu. Ces séances de médiumnité ont lieu à Madhuban et attirent beaucoup de sympathisants. Elles sont transmises en temps réel dans différents centres du monde grâce aux technologies les plus sophistiquées.
Les consignes dictées par Brahma Baba sont traduites en plusieurs langues et transmises aux centres du monde entier puis lues le matin au cours du murli.
Si les adeptes admirent et imitent le gourou, la secte instrumentalise également la méditation sur la photo du gourou pour renforcer leur identification au maître à travers un état de conscience modifié. En définitive, l’adepte attiré par la grande tolérance affichée des BK est leurré puisque sa conception du Suprême doit se réduire à celle qu’impose le gourou. Souvent, il fait fi de la supercherie, car il est entraîné par sa fascination pour le gourou.
2) Fascination pour le Père et naissance de l’adepte
Le rapport affectif que le sympathisant entretient avec le gourou le rend adepte de la secte.
a)Rapport affectif au Père
Baba est plein de bonne volonté pour ses fidèles et ne pense qu’à les aider. L’abnégation, la patience, la tolérance, la douceur, l’amour dont il fait preuve le placent au sommet de l’échelle des sentiments.
« Pour nous, il n’est pas simplement Dieu, il est Baba, notre Père. Il n’est pas venu seulement nous donner la connaissance, Il nous aide. »[3]
« Le Père Tout Puissant est assis à notre côté et Il est venu pour nous servir. »
Le gourou n’est plus seulement le substitut du père, il devient le père. L’illusion sectaire fusionne le réel de l’imaginaire. Un rapport fortement affectivisé de dépendance consentie s’instaure entre l’adepte infantilisé et le gourou. Les adeptes l’appellent « mon Baba » et lui « mes enfants chéris ». Le besoin de sécurité est soigneusement entretenu chez le disciple qui recherche la protection perpétuelle du Père. Ce rapport ne pousse pas le disciple à s’engager dans la vie adulte ni à s’assumer mais il se nourrit de sa régression.
Une fois la confiance instaurée avec son Père qui l’aime de manière inconditionnelle et qui ne veut que son bien, l’adepte se dépossède de son Idéal du Moi en le transposant dans la personne du gourou. Le gourou transforme l’adepte en alternant sanctions et gratifications et en faisant de lui un bon ou mauvais enfant selon ses mérites.
Ainsi, la fascination de l’adepte pour le gourou est l’élément moteur de l’adhésion à la secte. Elle signe la démission de l’analyse rationnelle au profit d’une relation affective qu’il croit sincère.
b) Naissance de l’adepte
L’adepte médite devant la photo du gourou et considère ce dernier comme une incarnation de qualités divines. En concentrant son attention sur le point situé entre les sourcils du maître, siège de sa Conscience, il est censé recevoir ses pouvoirs supranormaux. Il projette sur lui des espoirs irréalistes, des attentes magiques.
« En disant, en connaissant et en acceptant « mon Baba », vous avez reçu tous les trésors des acquisitions divines. () Les trésors du Père sont devenus les vôtres. () Vous avez fait en sorte que le Donneur de Fortune, le Donneur de trésors illimités vous appartienne. »
Le gourou est vécu comme omniprésent, omniscient et détenteur de la possibilité de châtiment, ce qui incite l’adepte à se conformer aux prescriptions de la secte. La désobéissance aux ordres est associée à un péché contre Dieu. L’adepte se sent devenir coupable de douter, de penser par lui-même et de remettre en question la doctrine. Sans en avoir conscience, l’adepte s’aliène : il sacrifie sa pensée propre, ses doutes aux certitudes de la secte. Sa recherche d’idéal, moteur de son entrée dans la secte va se limiter au savoir du gourou, prétendument exhaustif et définitif. Au nom de la confiance qu’il porte au gourou, il régresse puisqu’il renonce à toute pensée rationnelle. C’est à partir de cette démission de l’esprit critique que le sympathisant devient adepte. En définitive, la fascination de l’adepte pour le gourou investi de pouvoirs et d’un savoir divins, se fonde sur un rapport affectif. Elle repose sur un univers symbolique et sacré et éloigne l’adepte du réel. Elle signe la mise sous dépendance de l’adepte qui s’engage entièrement et qui exclut la possibilité d’envisager de quitter le groupe.
Ainsi, la secte récupère à son profit le rapport de l’adepte au gourou et déstabilise l’adepte en diabolisant son corps.